Histoire de France,  L'Epoque Contemporaine

Le massacre de la grotte de la Luire (1944)

© : @histoires.de.lombre

Durant la Seconde Guerre mondiale, le porche de la grotte de la Luire, devenu hôpital de fortune pour la résistance, est le lieu d’un massacre perpétré par les Nazis.

Un hôpital en sursis

Drapeau de la République libre du Vercors (juin-juillet 1944).
Drapeau de la République libre du Vercors (juin-juillet 1944).

Située dans le massif du Vercors, dans le département de la Drôme (région Auvergne-Rhône-Alpes), la grotte de la Luire est un rempart naturel contre la pluie, le froid, mais, dans les années 1940, elle va se trouver au centre d’une vaste zone de résistance : le maquis du Vercors. Le mot maquis vient de l’expression corse « prendre le maquis » et désigne le fait de se réfugier dans un lieu hostile, pour s’y cacher d’ennemis ou organiser une résistance armée.

L’épisode prend place en 1944, alors que l’hôpital Saint-Martin-en-Vercors doit faire face à un afflux de blessés, lui qui ne dispose que d’une soixante de lits. Une question épineuse se pose alors : faut-il fuir ou rester sur place, les hôpitaux devant théoriquement être épargnés par les conflits ? Devant l’avancée des troupes nazies, décision est finalement prise de déplacer l’hôpital.

Pourquoi avoir fait ce choix ? Il faut savoir, qu’à l’époque, l’essentiel des blessés se compose de maquisards et de résistants. L’équipe médicale craint donc que les Nazis ne massacrent tout le monde, en guise de représailles, comme ils l’ont déjà fait dans les communes alentour, n’hésitant pas à torturer les civils qu’ils soupçonnent d’aider le réseau de résistance.  

Le 21 juillet 1944, le corps médical et les 122 blessés de Saint-Martin quittent les lieux, en direction de Die. Arrivés sur place, on les informe que les troupes nazies sont aux portes de la ville. Si quelques blessés restent à Die, le gros du groupe fait demi-tour. C’est sur proposition du docteur Fisher, 32 ans, qui avait repéré les lieux la veille, que l’on va installer un camp de fortune sous le porche de la grotte de la Luire.

L’installation dans la grotte de la Luire

23 juillet 1944, grotte de la Luire.
23 juillet 1944, grotte de la Luire.

L’installation d’un hôpital de fortune sur le porche de la grotte de la Luire n’est pas simple. Il fait nuit, le sentier menant jusqu’à la grotte n’est pas dégagé et il faut installer une centaine d’individus sur le sol pierreux. Par précaution, on plante un drapeau de la Croix-Rouge à l’entrée, en référence à la convention de Genève de 1864, instaurant les hôpitaux militaires comme neutres et protégeant les blessés de guerre.

Une fois à l’aise, l’équipe médicale se fixe deux missions principales : soigner les blessés et assurer le ravitaillement. La température de la grotte permet de stocker les médicaments et la nourriture, cette dernière se réduisant assez vite à des flocons d’avoine et à du lait de poule (un mélange de jaune d’œuf, de lait et de sucre). Il faut toutefois faire attention aux éboulis, l’humidité provoquant des chutes de pierres.

Médecins et blessés dans la grotte
Médecins et blessés dans la grotte.

Pour apporter un réconfort émotionnel aux blessés, le père Yves de Montcheuil s’est joint au groupe, célébrant la messe tous les matins depuis un rocher qu’il a érigé en autel. En plus de ce célèbre théologien, de l’équipe médicale et des blessés, le groupe de la Luire se compose de quatre Polonais, d’un Américain (Chris Meyers), d’un Sénégalais, ainsi que de deux femmes ayant échappé aux exactions commises par l’armée allemande dans la commune de Vassieux.

Pour vous donner une idée de l’horreur à laquelle ces femmes ont échappé, quand la Croix-Rouge pénètre à Vassieux, le 9 août 1944, ils y découvrent 73 civils et 91 résistants massacrés.

Le massacre par les Nazis

Tout bascule le 27 juillet 1944 vers 17h, quand un sous-officier SS mène ses soldats à la grotte. Si certains parviennent à fuir ou à détruire des preuves compromettantes (Anita Winter aurait mangé son brassard de résistante), la plupart sont faits prisonniers et séparés en deux groupes.

Le premier groupe, composé de l’équipe médicale, du père Yves de Montcheuil et des 25 blessés légers, est emmené à Rousset. Les 25 blessés seront exécutés dans la soirée. Le second groupe, regroupant tous les blessés lourds, doit être mené vers un hôpital militaire mais, Anita Winter en sera la témoin, c’est sur leurs brancards, sans défense, que les 13 blessés seront mis à mort.

La majorité des survivants de la grotte de la Luire sera exécutée dans les semaines suivantes, après des interrogatoires musclés de la Gestapo, installée à Grenoble. Ainsi, le père Yves de Montcheuil, les médecins Ullmann et Fischer vont être fusillés le 10 août 1944. Les infirmières, elles, sont emmenées quelques jours en prison à Lyon, avant d’être déportées au camp de concentration de Ravensbrück. Le médecin Ganimède et sa famille, ainsi que l’infirmière Juliette Lesage réussissent à s’enfuir du camion qui les menait à Grenoble, profitant d’un bombardement.

Enfin, il faut se poser la question : le massacre de la grotte de la Luire est-il le fruit d’une dénonciation ? La rumeur a longtemps couru mais, aujourd’hui, on pense plutôt que les Nazis connaissaient très bien les lieux et qu’ils avaient pu repérer le camp grâce à un avion de reconnaissance. La végétation aplatie, les traces de roues, les allers et venues à la grotte, autant d’indices qui leur ont sans doute mis la puce à l’oreille.

Et vous, aviez-vous déjà entendu parler du massacre de la grotte de la Luire ? Dites-le-moi dans les commentaires !

Dix ans après les événements terribles survenus dans la grotte de la Luire, un autre drame secoue la France : la dernière épidémie de variole. N’hésitez pas à aller consulter l’article !

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Merci d’avance et à bientôt, pour une nouvelle Histoire de l’Ombre… ❤

Crédit Image :

-> Drapeau par Froztbyte – Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8837900

6 commentaires

  • lucette schotte

    Bonjour Je suis présidente d’une association de généalogie dans le calvados et je fais des expos sur l’histoire .Je ne connaissais pas cette tragédie .Je fais ma prochaine expo sur les résistants massacrés le 6 juin 1944 à la prison de Caen pour le 80 eme anniversaire en 2024 Belle journée Lucette

    • AudreyFeather

      Bonjour Lucette,
      Merci pour votre commentaire. Vous m’avez donné très envie de découvrir votre association et vos expositions. Auriez-vous un lien vers un site internet ou une page d’information ?
      Il y a tant de tragédies durant ces guerres qu’il est difficile de toutes les connaître. Je découvre à mon tour un autre épisode dramatique, celui de la prison de Caen. J’ai jeté un coup d’œil aux informations disponibles et, effectivement, je suis persuadée que votre exposition va être passionnante.
      D’ailleurs, n’hésitez pas à me contacter quand votre exposition sera lancée, pour que je relaie l’information, je pourrais même écrire un article sur le sujet. Même à petite échelle, j’essaie de participer au devoir de mémoire.
      Belle journée à vous également,
      Audrey

  • jeandoux

    bonjour
    j’avais 10 ans en 1958 lorsque notre institutrice a organisé en fin d’année la visite du Vercors nous sommes allés a Vassieux il y avais encoredes carcasses de planeurs allemands au retour nous sommes allés a pied a la grotte de la LUIRE nous avons cheminé a travers des prairies et pour arriver a ce porche on nous a expliqué que c’etait un hopital pour les blessés du maquis ,que les allemands avaient massacrés en decouvrant le site je me souviens qu’il y avait encoredes bequilles accrochees contre la la grotte , étant enfant nous avions l’impression que ce fait était éloigné , maintenant que je suis agé je merend compte que c’etait récent puisque deroulé 15 années avant notre visite , les barbares de nazis ont martyrisé , fusillé des milliers de personnes , nous etions sous le joug de ses envahisseurs d’une cruauté sans mesure

    • AudreyFeather

      Bonjour,
      Merci beaucoup pour votre témoignage. J’imagine à quel point la visite du Vercors a dû être intense, que ce soit à l’époque ou à travers vos souvenirs.
      Il est important que ces lieux d’Histoire continuent d’être racontés, malgré les années qui passent.
      Avez-vous eu l’occasion de retourner dans la grotte, depuis ?

  • Guétat Gérard

    Bonjour AUDREYFEATHER,

    Je suis agréablement sidéré par la découverte de votre site et des échanges positifs qu’il génère.
    Bravo à vous et aux témoignages encourageants.
    Je confirme avec plaisr celui de JEANDOUX puisque j’ai vécu le même voyage de fin d’année scolaire organisé par le groupe scolaire Élysée Chatin de Grenoble en 1960 ~ 1961 (j’avais 10 ~ 11 ans). Je me souviens très bien dans les champs de la présence des carcasses de planeurs devant lesquels nous passions rapidement en car, mais pour nous ce n’était que des tubes de ferraille rouillés. Je n’ai fait la relation avec l’histoire que très lontemps après et j’ai regetté que les enseignants n’aient pas imposé un arrêt commenté de quelques minutes.
    Je revois encore les béquilles pendues sous la voute de la grotte et un bouquet de fleurs séchées posé devant une plaque commémorative. Là encore, je n’ai aucun souvenir d’un comméntaire quelconque de la part de nos accompagnateurs.

    Depuis, suite à un tournage de film en lien avec cette époque en 1994, j’ai dû chercher des accessoires et commencer à creuser l’Histoire de la seconde guerre pour être au plus près de l’authenticité. Le problème c’est que je suis tombé dedans et que je me retrouve à la tête d’une collection de 3 300 pièces que j’ai intitulé: « Dis Papy, c’était comment pendant la guerre ? »
    Assez régulièrement, je déplace une petite centaine d’objets (authentiques et en état de fonctionnement avec possibilité de les manipuler) extraits de 45 thèmes proposés, pour des interventions gratuites en milieu scolaire dans un rayon de 35 km. Les quetions posées par les élèves sont loin d’être sottes et le succès reconnu autant par les enseignants, les parents et que les municipalités.

    Mes racines maternelles sont toutes originaires du Vercors: Capt, Frier, Huillier, Reppelin

    Détails mineurs complémentaires à votre thème traité :
    – Le charnier du polygone d’Artillerie a été découvert le lundi 28 août grâce à un gamin nommé Burgraff, réputé dans le secteur comme étant turbulant et impétueux, qui informa ses parents d’avoir vu une main qui sortait de terre.
    – Mon père Édouard Guétat, âgé de 36 ans à l’époque et mécanicien dentiste (profession appelée aujourd’hui prothésiste dentaire) à la « Clinique Dentaire » de l’époque, située 18 avenue Félix Viallet à Grenoble, a été réquisitionné par les autorités locales pour identifier un des corps pour lequel il reconnu formellement son travail avant confirmation produite par la consultation de la fiche dentaire du patient.
    Ce sont des prisonniers allemands qui, sous surveillance de résistants, procédèrent à l’exhumation des corps

    Autre détail minuscule, depuis 2010 je suis président de l’association: « Mémoire de la Libération Dauphinoise »

    • AudreyFeather

      Bonjour,
      Merci beaucoup pour votre témoignage, qui nous en apprend énormément sur l’historiographie française… qui a eu du mal à raconter cette période historique « sur le vif » et qui a nécessité des décennies de réflexion et de recul.
      Étant moi-même une ancienne enseignante d’école primaire, je trouve très intéressant d’avoir votre ressenti sur la façon dont vos enseignants abordaient ce massacre dans votre jeunesse. J’ai l’impression que le devoir de mémoire étant vu comme une nécessité mais que les adultes avaient du mal à mettre des mots sur ces événements somme toute assez frais dans leur mémoire… Pudeur, ressenti, envie d’oublier, peut-être un mélange de tout ça.
      Bravo également pour toutes vos excursions dans les milieux scolaires, c’est un rôle important que de garder ces événements en mémoire et de les transmettre à tous les publics, en adaptant son discours. J’aime aussi beaucoup le nom donné à votre exposition, ça donne envie de la découvrir !
      D’ailleurs, si vous voulez nous en dire davantage à propos de l’association dont vous êtes le président, ce serait avec plaisir !
      En tout cas, merci encore une fois et un hommage à votre père, qui a dû faire un travail fort difficile !

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